Critique photos

On entend souvent dire que – « la critique est aisée mais l’art est difficile. » Pour ce qui est de la photo, il serait plus vrai de dire que  – « Si l’art est difficile, la critique l’est plus encore. »

En effet, donner un avis éclairé et positif sur une photographie, analyser avec compétence une image nouvelle, formuler une appréciation nuancée, juger, classer, coter en restant parfaitement neutre est un tour de force que peu de personnes sont capables de réussir. C’est pourtant ce que on se propose. En guise d’aide, on va passer en revue les points les plus importants sur lesquels une bonne critique doit s’appuyer.

Qu’est-ce qu’une bonne critique ?

Le petit Larousse dit que – « la critique a pour objet de distinguer les qualités et les défauts d’une œuvre littéraire ou artistique. C’est l’art de juger, d’énoncer une opinion sur une personne ou sur une chose. »

En photographie, pour être valable, cette opinion doit reposer sur des critères précis et constants. On ne juge pas une photo uniquement en fonction de ses goûts personnels, on doit aussi connaître les techniques employées et savoir reconnaître si elles ont été bien employées. Des critères de bases doivent être définis avec clarté et ils doivent être les mêmes pour tous les jugements. Si on considère que la photographie est une technique (ou un art) qui permet à un individu de s’exprimer par l’image, on doit tenir compte à la fois de l’aspect technique et de l’idée exprimée par l’auteur et on doit admettre que les deux ont la même importance.

Ce point établi, il ne reste plus qu’à choisir, parmi les nombreux facteurs qui déterminent la qualité d’une photographie, ceux qui paraissent particulièrement importants.

Après bien d’hésitations, on a retenu 5 critères se rapportant à la technique pure et 5 autres concernant l’idée exprimée.

CRITÈRES TECHNIQUES

1a – Netteté (à la prise de vue)

Pour être valable, une image doit être parfaitement nette mais il existe cependant des cas ou le flou est voulu : flou de mouvement dans les courses automobiles, flou artistique dans les  portraits romantiques, mise en évidence d’un sujet net sur fond flou, flou total coloré, très léger flou admis dans certaines photos de reportage… Dans ces cas particuliers, le flou sera considéré comme un effet nécessaire à la bonne compréhension de l’œuvre, comme une recherche esthétique ou comme une imperfection mineure dans le cas de photos de reportage. Un flou accidentel à la prise de vue ne peut jamais être corrigé, la photo comportera toujours un défaut majeur.

1b – Netteté (à la reproduction)

On s’efforcera de bien distinguer le flou à la prise de vue du flou à la reproduction. Dans toutes les photographies, quel qu’en soit le sujet, le piqué de l’image et la netteté du grain doivent être parfaits. Si le grain est écrasé, s’il a perdu sa forme bien nette, la photo a un problème et doit être revue et corrigée. Un flou à la reproduction peut toujours être corrigé, la photo n’est pas perdue pour autant. Il existe un flou à la reproduction qui est admis, c’est celui qui a pour objet d’adoucir les images trop dures ou trop piquées. Pour l’obtenir, en photo argentique, on intercalait un papier d’architecte ou un verre dépoli entre le papier et l’objectif de l’agrandisseur pendant une partie de l’exposition en chambre noire.

2. Cadrage et Composition

L’équilibre d’une image photographique repose en grande partie sur la composition. Pour que celle-ci soit harmonieuse, le photographe peut, s’il le désire, s’en tenir aux règles classiques mais il peut aussi s’en éloigner sans commettre d’erreur.  Les règles existent pour aider les photographes mais elles ne doivent en aucun cas devenir contraignantes ou stérilisantes.

3. Lumière

La lumière est très importante en photographie. Le bon photographe est celui qui présente une photographie bien exposée à la prise de vue mais c’est aussi celui qui sait jouer avec la lumière, qui sait créer des ambiances ou profiter de celles qu’il rencontre. Pour que la photo soit bonne elle doit tenir compte à la fois de la quantité de lumière mais aussi de la qualité esthétique de celle-ci.

4. Qualité du tirage / de l’impression

En argentique N & B, le critique tiendra compte du bon choix du papier (qualité, gradation, surface), de l’étendue de la gamme des gris, de la profondeur des noirs et de la pureté des blancs, de la précision et de l’opportunité des masques. En argentique couleurs il appréciera le filtrage et acceptera une légère bascule des tons à condition qu’elle contribue à renforcer l’idée exprimée par le sujet (tons plus chauds pour un paysage d’automne, froids pour un paysage d’hiver).

5. Présentation

Une photographie terminée doit être un bel objet, un tout artistique ou un document fonctionnel propre et net. On tiendra donc compte de la « repique », du collage, de l’aspect général de l’œuvre. On appréciera la discrétion du support, sa couleur, les éventuels cadres ou bords photographiques dont la seule fonction est de mettre l’image en valeur. En photo argentique, on remarquera aussi les « virages », colorations et autres manipulations qui apportent réellement un plus à la photographie.

CRITÈRES CONCERNANT LE SUJET

1. Choix du sujet, son intérêt, son originalité

Ce point est difficile à apprécier avec objectivité car on a souvent tendance à confondre un sujet qu’on aime avec un bon sujet et vice et versa. Il faut savoir qu’un bon sujet est celui qui présente un intérêt pour la majorité des gens. On ne l’aime pas toujours, mais il retient l’attention. Il peut être classique, joli mais aussi choquant ou même repoussant. L’originalité du sujet est très importante. Il existe d’excellent sujets qui perdent tout intérêt à force d’avoir été vus et revus. En photographie il ne peut pas y avoir de mode car la vraie création doit être personnelle et l’innovation constante. Le premier qui trouve une idée est un innovateur, celui qui reprend cette idée est un pâle imitateur.

2. Traitement du sujet

Un excellent sujet peut perdre son impact s’il est mal traité. Un photographe peut avoir un très joli modèle et ne pas arriver à faire ressortir sa véritable personnalité comme il peut ressentir une forte émotion devant un paysage et être incapable de la faire passer dans son image. Avant de prendre une photographie, l’auteur devra avoir une idée précise de ce qu’il veut montrer et de la façon dont il va s’y prendre. Le sujet principal devra être bien ciblé, bien cadré, complet et pas trop petit. S’il y a lieu, la mise en scène sera soignée, le décor bien choisi, les accessoires originaux, le maquillage et les vêtements adaptés, la pose naturelle et l’angle de prise de vue recherché. On tiendra compte aussi de la lumière car c’est elle qui donne l’ambiance et la vie.

3. Recherche et Créativité

Le critique qui veut faire progresser la photographie doit avant tout avoir l’esprit ouvert à la nouveauté. Il ne doit rien refuser de prime abord car une technique, une présentation, une façon inhabituelle d’aborder un thème peuvent déplaire à première vue pour ensuite révéler des trésors de créativité qui bien exploités donneront des résultats excellents. Il faut laisser une grande liberté aux auteurs, essayer de ne rien imposer qui pourrait freiner la créativité. Au besoin il faut élargir les règles trop rigides et permettre à chacun de s’exprimer comme  bon  lui  semble. Ce qui paraît bizarre aujourd’hui est peut-être le classique de demain.

4. Valeur expressive et artistique de l’image

Si un auteur prend la peine de faire une photographie, c’est qu’il a vu ou ressenti quelque chose et qu’il éprouve le besoin d’en témoigner, de partager ses connaissances ou ses émotions avec d’autres. Si la photo est réussie, elle parlera d’elle-même et ne nécessitera ni titre ni commentaire. Pour arriver à cela l’auteur doit mettre l’essentiel en évidence avec simplicité et clarté et le spectateur doit être réceptif et dégagé de toute idée préconçue. La photographie ne doit pas obligatoirement renfermer un « message ». Le simple fait de montrer quelque chose de beau est amplement suffisant. Une photo peut toucher et émouvoir par sa seule valeur esthétique mais elle peut aussi constituer un véritable plaidoyer sur un sujet choisi. La photographie qui n’a pour but que de montrer la virtuosité technique de l’auteur ne présente en général aucune valeur expressive et fort peu de valeur artistique.

5. Appréciation personnelle

Lors d’un jugement ou d’une critique, celui qui analyse une photo doit pouvoir tenir compte de ses goûts personnels mais toujours dans une mesure limitée. Il est tout à fait normal que le goût personnel intervienne pour départager deux photographies de valeur égale. On juge en fonction de ce que l’on est, en fonction de son origine, de son sexe, de son âge, de sa formation, de ses capacités photographiques… On juge aussi en fonction de l’environnement, du moment et de l’humeur du jour. Certains sujets touchent davantage certaines  personnes que d’autres. Certains sujets peuvent plaire un jour et déplaire le lendemain. L’appréciation personnelle étant, de ce fait, très fluctuante, elle ne doit intervenir que pour une très petite part dans un jugement honnête.

Une bonne critique est objective, bienveillante et elle a toujours pour but de faire progresser celui qui s’y soumet et comme résultat d’enrichir celui qui la pratique bien.